Français : Fiche de lecture illustrée – « Eldorado », de Laurent Gaudé

Vous trouverez ici un extrait de la fiche de lecture illustrée du roman « Eldorado« , écrit par Laurent Gaudé et publié en 2006.

Il sera possible d’y lire une présentation de l’oeuvre et des personnages principaux, ainsi qu’un résumé du premier chapitre.

Fiche de lecture illustrée – « Eldorado », de Laurent Gaudé (extrait)

Présentation et points clés de l’oeuvre

Eldorado est un roman écrit par Laurent Gaudé, publié en 2006. Il a été écrit juste après le roman « Le soleil des Scorta », qui a reçu le prix Goncourt 2004.

Il contient 13 chapitres, qui ont chacun un intitulé en rapport avec son contenu. Le sujet principal est l’immigration clandestine de l’Afrique vers l’Europe.

L’histoire commence avec Salvatore Piracci, un homme d’une quarantaine d’années. Il est commandant dans la marine italienne, dirigeant la frégate Zeffiro, et intercepte des embarcations de migrants à destination de l’Europe. L’arrivée d’une femme qu’il avait secourue deux années plus tôt (en 2004) va le bouleverser. Par la suite, il abandonnera son poste pour fuir son ancienne vie, en direction de l’Afrique du Nord.

Parallèlement, on suit les aventures de deux frères qui cherchent à rejoindre l’Europe, pour une vie meilleure. L’un des deux frères devra abandonner son projet en cours de route, pour cause de maladie. L’autre frère, Soleiman, parviendra à entrer en Espagne avec Boubakar, un camarade rencontré en cours de route.

Ces deux histoires vont s’entrecroiser vers la fin du roman. Nous vivons les doutes, douleurs, espoirs et accomplissements des personnages. Le récit nous entraîne dans les joies et difficultés qui accompagnent le voyage vers une autre vie, vers l’Eldorado. Il apporte un éclairage humain sur la question du voyage, choisi ou subi.

Personnages principaux

Le commandant : Salvatore Piracci

Salvatore Piracci a 40 ans. Il est Italien et vit en Sicile. C’est un homme divorcé depuis quatre années, qui n’a pas d’enfant. Il travaille dans la marine italienne depuis 20 ans, et est commandant dela frégate Zeffiro depuis trois ans. Avec son équipe de quelques hommes, il surveille les côtes à la recherche d’embarcations de migrants illégaux. S’ils en trouvent, ils les interceptent puis remettent les hommes aux autorités, afin de les expulser vers leur pays d’origine.

Un jour, cegarde-frontièretravaillant en Sicile est bouleversé par sa rencontre avec une ancienne migrante, qu’il avait recueillie deux ans plus tôt (en 2004). Celle-ci veut se venger de tout ce qu’elle a vécu comme misère lors de son voyage vers l’Europe, en tuant Hussein Marouk, le gérant du réseau de passeurs par lequel elle est arrivée en Europe. Le commandant lui donne une arme à feu, suite à sa demande insistante.

Cet événement provoque chez l’homme une remise en question : il se décide à abandonner ses fonctions car il ne supporte plus son métier. Il part alors en direction du Maghreb, à l’aveugle, pour démarrer une nouvelle vie et oublier son passé douloureux. Arrivé sur place, il est capturé par des agents libyens et interrogé, puis on lui fait rencontrer la dirigeante d’un trafic de clandestins, qui lui propose un marché lucratif mais immoral. Après réflexion, il décide de ne pas répondre à la proposition et s’enfuit, pour errer sans but entre la Libye et l’Algérie. Perdu, affamé, pauvre, envahi par des idées noires, il essaye de se suicider en s’aspergeant d’essence, mais n’ayant pas de feu, il rate sa tentative d’immolation et s’évanouit. Plus tard, après avoir repris conscience, il rencontre par hasard Soleiman qui le prend pour un bon esprit, et lui donne son collier en guise d’offrande. Réconforté par cet épisode, Salvatore poursuit son chemin et veut donner espoir aux migrants. Sur la route, il se fait renverser par un camion ; il décède brutalement.

La femme anonyme au bébé défunt

Elle intervient au début de l’histoire puis disparaît. Cette femme est partie en mer pour l’Europe en 2004, à bord du Vittoria, espérant une vie meilleure (comme les autres immigrés). Malheureusement, en chemin, son embarcation a été abandonnée par les passeurs, et elle a été livrée à elle-même avec les autres migrants. Beaucoup sont morts, et son fils de onze mois est mort lui aussi. Elle a été sauvée par le navire de Salvatore et est arrivée en Europe. Depuis, elle a soif de vengeance et veut tuer Hussein Marouk, à qui elle a dû payer 4 500 dollars pour pouvoir aller en Europe avec son bébé. Elle le juge coupable non seulement de la mort de son fils, mais également d’avoir eu l’intention de faire dériver le Vittoria et les voyageurs à bord, pour des raisons politiques. Elle va retrouver Salvatore, le commandant qui l’a recueillie, pour lui demander une arme et accomplir son projet. L’histoire ne nous dit pas si elle a réussi son projet ou si elle a échoué.

Les deux frères migrants : Soleiman et Jamal

Ces deux migrants apparaissent dans l’histoire au deuxième chapitre. Ils sont deux frères soudanais ; Soleiman a 25 ans et Jamal est un peu plus âgé.

Les frères veulent partir en Europe pour un avenir meilleur, et quittent leur Soudan natal avec douleur. Les jeunes s’en vont et arrivent plus tard à la frontière libyenne. À ce moment, on apprend que Jamal a développé une infection suite à ses mauvaises fréquentations (sans doute le sida, car il avait des relations avec des prostituées à Port-Soudan). Jamal sait qu’il est malade et ne veut pas continuer son voyage, car il sait qu’il est condamné et refuse que son frère le voie mourir à petit feu. Il veut que son frère Soleiman parte seul et qu’il vive son rêve, avec le peu d’argent restant. Soleiman accepte avec désespoir de continuer seul vers l’Europe. Il parviendra à son objectif, avec l’aide d’un autre migrant : Boubakar.

Le migrant errant : Boubakar

C’est un migrant, âgé d’une trentaine d’années. Cet homme, boiteux de la jambe gauche, a quitté les siens sept ans plus tôt, dans le but d’atteindre l’Europe. Il erre ; on ne connaît pas vraiment son passé. Sa vie prend un tournant lorsqu’il fait connaissance avec Soleiman dans le chapitre VI. Boubakar sera un soutien pour Soleiman. Il va le guider et le soutenir dans son chemin vers l’Europe. Il apportera à Soleiman une aide déterminante pour franchir la frontière espagnole, en le tirant au travers du passage. Boubakar devient ainsi un frère de substitution pour Soleiman.

Chapitre I : L’ombre de Catane

Dans ce chapitre, nous sommes à Catane, en Sicile, en 2006.

Nous vivons l’histoire des yeux de Salvatore Piracci, qui déambule seul dans la ville, et nous ressentons une ambiance humide et morne. Des mots forts tels que « cataclysme » et « faute humaine » sont utilisés. La mort est déjà présente avec les « centaines de poissons morts », les « yeux morts » des poissons telle une « macabre exposition » ; le mot « mort » est utilisé au moins 22 fois dans ce chapitre.

Élément déclencheur / perturbateur : un matin, une ombre apparaît dans le marché de Catane (d’où le nom du chapitre). Cette dernière suit le commandant Piracci, qui se sent observé. Dans un premier temps, il ne voit personne derrière lui. Puis, l’ombre laisse place à une femme que le commandant finit par apercevoir. Il est alors étonné et se demande même s’il « attire » encore des femmes. Plus tard dans l’après-midi, tandis que le commandant sort de chez lui, il retrouve la femme en face de chez lui. Elle lui adresse soudain la parole : « Vous ne me reconnaissez pas, commandant ? ».

Dans un premier temps, il ne la reconnaît pas, puis, lorsqu’elle évoque « Le Vittoria. 2004. » tout lui revient. Il l’invite alors chez lui afin de mieux discuter. Elle lui raconte son histoire : en 2004, elle a émigré clandestinement à bord d’un bateau, le Vittoria, pour un avenir meilleur, mais son rêve s’est transformé en cauchemar.

La femme raconte son histoire : elle est partie de Beyrouth (Liban) pour prendre ce bateau vers l’Europe, en pleine nuit, avec son bébé. Le récit nous fait vivre cette aventure tragique : au début du voyage, nous sentons l’excitation des migrants à bord ; ils discutent, plaisantent, chantent, bien qu’ils soient tous serrés les uns contre les autres, et qu’ils ressentent une certaine tension. Ils ne se rendent pas compte de ce qui les attend.

Le deuxième jour en bateau marque un « second voyage » : l’équipage (les passeurs) a quitté le bateau en pleine nuit, laissant les immigrés seuls et sans ressource. Il n’y a pas d’eau, pas de nourriture, pas de radio. L’ambiance change alors. « Les visages, d’un coup, se ferment ». Le soleil tape. La mort touche les passagers petit à petit, et certains sont jetés par-dessus bord, notamment pour éviter les maladies. On parle de mort lente, de rêves brisés.  Puis, c’est le bébé de la femme qui faiblit… et il décède. La mère n’accepte pas la mort de son enfant, alors que des hommes décident de le lui arracher pour le jeter par-dessus bord. Le bruit effroyable du bébé tombant dans l’eau horrifie la femme.

C’est à la troisième nuit que Salvatore et ses hommes interceptent le Vittoria. Les rescapés, dont la femme, n’expriment ni joie ni terreur, ce qui s’explique par la fatigue et l’accumulation d’horreurs tout au long de leur voyage. Ce voyage a coûté 3 000 dollars pour chaque immigré ; 4 500 dollars pour la femme car elle avait un nourrisson. Au départ, il y avait à bord plus de 500 personnes. Seulement 386 ont survécu.

Nous apprenons, dans ce chapitre, que la femme est allée à la rencontre du commandant pour une seule raison : avoir une arme.

Elle souhaite se venger en tuant l’organisateur du voyage, Hussein Marouk, qu’elle juge responsable de la mort de son fils. Elle affirme que Hussein Marouk a donné l’ordre aux passeurs d’abandonner les migrants en pleine mer non pas pour l’argent, mais pour de seules raisons politiques, en vue de faire pression sur l’Europe. Elle est exaspérée : pourquoi avoir poussé des gens à la mort pour un motif aussi absurde ? La femme a donc soif de vengeance.

Elle a l’intention d’aller à Beyrouth pour tuer le criminel. Elle qui a « eu la chance » d’arriver en Europe, veut faire le chemin inverse afin de retourner à sa ville de départ. De plus, elle veut repartir en bateau, comme pour refaire le trajet en arrière et clôturer l’histoire. Le commandant essaie de la dissuader dans son projet, mais rien à faire : cette vengeance est sa raison de vivre.

Devant son insistance, le commandant cède et lui donne une arme. Elle s’en va de chez lui, alors que la nuit est tombée, en lui faisant rapidement ses adieux. Le commandant, lui, est à la fois soulagé et soucieux ; il se demande ce qu’il adviendra de la femme et de cette arme. Quel crime l’arme induira-t-elle ? Que risque-t-il d’arriver si la femme perd cette arme ? En même temps, Salvatore est admiratif devant la détermination sans faille de cette femme qui lui confère, selon lui, une beauté et une force. Confronté à une personne aussi engagée et courageuse malgré sa terrible épreuve, il se sent vide, d’un « vide confortable qui le dégoûtait ».

Vous pouvez retrouver la suite de la fiche de lecture en version e-book (ci-dessous) ou en version papier (sur le site d’Amazon)

Dans cette fiche de lecture de 50 pages (15 000 mots), vous trouverez une description de tous les personnages, un résumé complet des 13 chapitres, une explication des aspects littéraires de l’oeuvre et de son contexte ainsi qu’une étude des enseignements de l’ouvrage. La question migratoire est traitée à l’aune des derniers événements (jusqu’en 2020).

Laisser un commentaire